Posted on May 4, 2012

[Fr]
Ma grand-mère des Annapurna / Annapurna grandma
Comment aurais-je su que ce visage allait prendre autant d’importance le jour où je l’ai pris en photo, en avril 2010, durant le trek des Annapurna au Népal?
Plus qu’un portrait, cette grand-mère est devenue l’égérie de mon projet. Elle représente à elle seule tout ce que j’essaie de montrer à travers mes photos : La beauté sans artifice, sans code, sans carcan. Elle fait partie des personnes les plus difficiles d’accès que j’ai prises en photo; et rien que pour ça, elle est devenue pour moi l’icône des peuples oubliés ou méconnus que j’affectionne et recherche tout particulièrement le long de ma route.
Je pourrais raconter des centaines d’histoires en regardant l’ensemble de mes photos mais quand on me demande une anecdote sur cette personne âgée, je n’en ai pas vraiment. Je ne sais ni son nom, ni son âge. Déjà parce qu’elle ne pouvait pas parler et, isolé devant sa maison ou elle prenait le soleil, je n’ai passé que quelques minutes avec elle, reprenant la marche vers les sommets. A la vue de mon appareil photo, elle a joint ses mains pour toucher son front. J’ai compris qu’elle me faisait un “Namaste”, la salutation chez les indiens et les népalais. 5 clichés ont immortalisé la scène dont 2 portraits.
Sur le moment, j’aurais aimé en connaitre plus sur elle, et il me tarde d’ailleurs d’y retourner pour la remercier pour tout ce qu’elle est devenue, pour tout ce qu’elle représente désormais. Mais avec le temps et le recul, je me dis que peu importe. Ai-je besoin de connaitre son nom? Son âge? Je tiens surtout à ce qu’elle reste cette femme mystérieuse; les mouches collées sur son bonnet rouge, qui fait la couverture de mon livre. Je l’ai appelé “Grand mère”, parce qu’en dehors des liens de sang, elle est la grand mère de mon projet, la doyenne de toutes les autres photos. Pour moi, elle a 100 ans, pas un de plus, pas un de moins. Et avec le temps, ce n’est presque plus une femme ou un homme (et beaucoup ont confondu…), c’est une vieille personne au sourire d’enfant. Un personnage intemporel qui ne pouvait pas mieux résumer les 56000 kilomètres qu’à travers les rides de son visage…


Photos & Textes © Kares Le Roy
Les photos sont issues du livre 56 000 kilomètres – un continent et des hommes (Amu Darya Editions) disponible ici
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